Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 20 octobre 2026 à Paris ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Le gouvernement a-t-il cherché à faire de LFI le bouc émissaire du "fiasco" de ce week-end ? Selon Mediapart, le ministre de l'Intérieur a donné des consignes en ce sens à ses services, un "scandale d'Etat" aussitôt dénoncé par les Insoumis. L'exécutif a balayé ces accusations devant les députés mardi.
Le média en ligne a publié une enquête dans laquelle il cite notamment sous couvert d'anonymat un commissaire du renseignement territorial affirmant qu'il lui est demandé "texto d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement alors que c'est objectivement faux de l'avis général des RT (renseignements territoriaux, ndlr)".
Le député LFI Manuel Bompard lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 20 octobre 2026 à Paris ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
"Un scandale d'État", pour le coordinateur national de LFI Manuel Bompard, qui a annoncé qu'il allait saisir la Cour de justice de la République, compétente pour juger les ministres, contre Laurent Nuñez. "Fabriquer des faux documents (...) faire ce qu'on appelle de l'abus d'autorité (...), ce sont des délits", a-t-il accusé.
L'affaire a été au cœur d'une séance au gouvernement particulièrement tendue mardi à l'Assemblée nationale.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu en personne a répondu aux accusations de Mediapart : devant les députés, il a démenti que la police "se livre à du renseignement politique". "Il est impensable qu'un gouvernement puisse donner de pareilles instructions", a-t-il martelé.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 20 octobre 2026 à Paris ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Quelques minutes plus tôt, Laurent Nuñez avait également réfuté toute implication du gouvernement.
Suffisant pour que LFI établisse un parallèle avec les accusations d'antisémitisme de Mediapart contre Jordan Bardella, réfutées par l'intéressé.
"Lecornu conteste les révélations sourcées de Mediapart. Le macrolepenisme converge dans une même détestation de la vérité", en a conclu Manuel Bompard.
"Coup monté"
Le mouvement de gauche radicale a également affirmé pendant ces questions au gouvernement que son député Raphaël Arnault, fondateur de la mouvance antifasciste de la Jeune Garde, "aurait été la cible d'une tentative d'interpellation policière planifiée sur les quais de la gare de Lyon, à la descente de son train" dans la matinée.
Un "coup monté" et une "bascule autoritaire" du pouvoir, pour LFI.
Interpellé par la présidente des députés insoumis, Mathilde Panot, sur ce sujet, Sébastien Lecornu n'a pas confirmé ou infirmé ces allégations.
Le Premier ministre a simplement rappelé que la Jeune Garde avait été dissoute pour "valorisation de la violence, préparation aux affrontements violents, absence de condamnation des violences".
Et que Raphaël Arnault avait été lui-même condamné pour "violences volontaires".
Pendant cette même séance de questions au gouvernement, Laurent Nuñez a désigné le député LFI comme la preuve de l'existence d'un "trait d'union" entre La France insoumise et certains groupuscules d'ultragauche.
Depuis plusieurs semaines, l'exécutif accuse le mouvement de Jean-Luc Mélenchon d'instrumentaliser et d'attiser la colère des lycéens.
"Nébuleuse d'extrême gauche"
Samedi soir, Sébastien Lecornu est allé plus loin en le sommant de "choisir son camp" entre les "forces de l'ordre" et les "casseurs".
Le Premier ministre réunit LFI, les partis d'extrême gauche (Lutte ouvrière, NPA...) et les groupes d'ultragauche (black blocs, antifas, etc) au sein "d'une nébuleuse d'extrême gauche".
Mardi, devant l'Assemblée nationale, il a ainsi reproché à LFI d'avoir offert une investiture à Philippe Poutou lors des législatives de 2024, au regard des déclarations ce week-end de l'ancien candidat du NPA à la présidentielle.
Ce dernier a indiqué qu'il soutenait le "camp des manifestants, des émeutiers, de la jeunesse révoltée, des opprimés et du désordre".
La droite et l'extrême droite ciblent également Jean-Luc Mélenchon.
Le président LR du Sénat Gérard Larcher a estimé lundi que la question de l'interdiction de La France insoumise pouvait être "posée", reprenant une proposition faite par le candidat des Républicains Bruno Retailleau.
Pour le patron du RN Jordan Bardella, "l'ultragauche est le bras armé" de LFI qui veut "la guerre civile en France".
"La montée des accusations portées contre nous (...) me font craindre des provocations souvent pratiquées dans ce type de période de crise par les gouvernements aux abois et leurs alliés", a répondu sur X Jean-Luc Mélenchon, appelant ses militants à "la vigilance".
Mais, à gauche, les Insoumis ont reçu du soutien. "On a le droit de contester LFI mais, dans une démocratie, on ne manipule pas la vérité pour éliminer un opposant", a cinglé le patron du PS, Olivier Faure.
Le gouvernement "s'enferme dans une rhétorique du bouc émissaire", a renchéri la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain.

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